CLAIRE FASULO

Mes recherches photographiques portent sur l’existence de notre corps dans son milieu, matière innocente plongée dans la vie, soumise à un flux constant d’émotions et de violences dont l’issue sera sans surprise. Ainsi je montre (quitte à l’inventer) ce que nous avons de plus intime, puis je mets en scène des volontés contrariées au sein du monde, pour aboutir au néant auquel toutes choses sont promises.

Chacune de mes séries s’inscrit dans l’une de ces trois phases :

Méiose explore l’intimité en proposant une image fantasmée, éclatante et mystérieuse, de cellules explosant dans le corps de la femme soumise à l’excitation ou à toute émotion physique affiliée, euphorie, peur ou colère. Sur mes photographies, la méiose devient sécrétion insoupçonnée à l’intérieur du corps. Quant à la série Intimité (qui intègre Errance), elle montre des corps, enveloppes fragiles de chair et de peau, qui ne parviennent à s’assumer que dans l’artifice d’une lumière saturée.

Les Péchés capitaux (travail réalisé avec Justine Pluvinage) et les Vertus cardinales revisitent les dogmes religieux et philosophiques pour s’interroger sur l’aliénation. Nous devons composer avec notre environnement, notre éducation, survivre à la pression sociale, trouver notre place dans des systèmes qui nous sont imposés et apprendre à signifier au sein du monde… Pour au final y mourir. La série des Péchés capitaux, par exemple, suit un être sous l’emprise d’images stéréotypées qui l’empêchent d’exercer son libre arbitre et de penser par lui-même.

Ma série sur les espaces vides (qui intègre Errance) traite de l’absence et de la perte à travers des éléments tels qu’un couloir désert, une chambre d’hôpital où ne se jouera plus jamais aucune vie, des salles de classe qui ne résonneront plus jamais d’aucun cri, une nacelle de manège dans laquelle plus personne ne montera jamais. Pourtant, on peut encore deviner un visage dans le miroir d’un lavabo dont il ne reste qu’un fragment, imaginer l’intense activité qui régnait autrefois entre les alignements de tables sans chaises que je donne à voir, ou discerner, dans des enregistrements sonores que je donne à entendre, les rires fantômes des jeunes gens qui peuplaient autrefois le parc d’attraction désaffecté. L’image et le son se contredisent : le second est l’écho d’un passé foisonnant dans le vide du présent.

Je ne prétends rien démontrer, mais au contraire interroger des perceptions. Comment un espace de vie sans vie peut-il émouvoir ? Cela vient-il de l’histoire du lieu ou est-ce juste un fantasme personnel de celui qui le regarde ? Le spectacle de ces constructions créées par l’homme, où persistent des traces de sa présence, que démentent leur abandon, ce spectacle nous questionne sur notre existence, notre passage sur terre. Comment notre cerveau réagit-il à tout cela ? C’est ce type de vertige que je tente d’esquisser à travers mes dispositifs.